Les Pipes-Bands

LE PIPE-BAND MILITAIRE

Le pipe band comprend un pupitre de cornemuses et un pupitre de batteurs, et son origine vient exclusivement des traditions militaires d’Ecosse. Si l’on se penche sur l’histoire des clans, on constate qu’il y avait toujours eu, et ce depuis une époque très reculée, des sonneurs dans les unités de combat écossaises, car les sonneurs accompagnaient leur chef de clan lors des différentes campagnes. Après la défaite de Charles Edward STUART à Culloden en 1745, le recrutement des Highlanders dans l’armée britannique fut effectué d’abord au sein des compagnies indépendantes dans lesquelles les tacksmen, ou petite noblesse sous l’autorité des chefs de clan, furent invités à former des unités de mercenaires, et se poursuivit quand ceux-ci et d’autres sections furent incorporés dans les régiments d’infanterie, et qu’on leur donna leur marque de l’armée britannique.

D’abord, on permit à un officier des Highlands à la tête d’une compagnie (souvent un capitaine) d’avoir un sonneur à son service et à ses frais ; on considérait les sonneurs comme de bonnes recrues qui amélioraient le moral des troupes au combat et à la marche. Les sonneurs individuels marchaient à la tête de leurs compagnies respectives, et à la fin de la colonne, la cadence était marquée par un groupe de batteurs. A partir de 1750, ces batteurs furent accompagnés par des fifres, un instrument réintroduit dans l’armée britannique sous l’influence des HANOVRES. On pense que la suite quelqu’un émit la suggestion de remplacer à la tête de la colonne les fifres par des cornemuses, si bien que vers 1848-1850, les premières formations cornemuses-tambours se répandirent dans les régiments écossais. On a imaginé que la création des routes empiérrées rendait la marche au pas beaucoup plus aisée et donc soutenait la musique pendant la marche (jusqu’alors, les tambours et les fifres jouaient au départ du camp et, une fois sur la route, les batteurs se remettaient le tambour sur le dos, ne laissant qu’un seul batteur prêt à jouer quand on lui en intimait l’ordre).

Dès 1854, un ordre de l’armée donne la permission à chaque régiment des Highlands d’avoir un pipe-major et cinq sonneurs au sein de l’effectif, c’est-à-dire qu’ils étaient payés par le gouvernement britannique, et non pas par les officiers du régiment. On raconte que la reine Victoria, qui était obsédée par tout ce qui venait des Highlands, fit la remarque au passage d’un régiment qu’elle préférait que ses chers sonneurs des Highlands fussent en tête de colonne, avec les batteurs à l’arrière (alors que jusque-là les batteurs avaient toujours mené la marche). On peut dire que c’est à ce moment précis que naquit le pipe-band tel qu’on le connaît aujourd’hui, juste à point pour la guerre de Crimée (1853-1856).

La tradition militaire évolua rapidement, avec la composition de marches spéciales pour commémorer les évènements liés à l’histoire du régiment, si bien qu’il est possible de retracer la progression et les campagnes des régiments écossais grâce aux titres des airs de cornemuse. De la même manière, au lieu d’être ponctués par le tambour ou le clairon, les régiments qui avaient un pipe-band furent prompts à y substituer une série complète d’appels pour rythmer la journée du soldat.

On attendait des sonneurs qu’ils accompagnent leurs camarades dans les combats, ce qui fut chose faite jusqu’à la Première Guerre mondiale où tant de sonneurs furent tués qu’il devint impossible aux régiments de constituer un pipe-band, ce qui d’une part affectait le moral des troupes et d’autre part rendait le recrutement plus difficile.


Guerre de 1914-1918, le retour des tranchées.

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, on limita l’emploi des sonneurs dont le rôle ne consista plus qu’à amener les hommes jusqu’aux tranchées, et à les ramener après leur tour de garde. Cette tradition à d’ailleurs continué jusqu’à la guerre des Falklands et la guerre du Golfe.

Cependant, le sonneur le plus connu demeure le piper Bill MILLIN, qui fit débarquer au son de sa cornemuse, sur l’air de « All the Blue Bonnets are Over the Border » et d’autres morceaux bien sûr, le régiment des Lord Lovat Scouts sur les plages du débarquement en Normandie le 6 juin 1944.


Mariage de Simon FRASER, Lord Lovat qui a débarqué en Normandie le 6 juin 1944 avec son sonneur Bill MILLIN.

La même chose arriva à ce jeune sonneur (anonyme) des Seaforth Highlanders, soufflant dans sa magnifique cornemuse en argent et ivoire, au milieu du bocage normand. Heureusement, on devait retrouver ce jeune garçon plus tard au cours de la campagne quand, à la suite d’une nuit de bombardements intenses sur les positions allemandes qui occupaient la rive Est du Rhin, le silence mortel qui s’ensuivit fut interrompu brutalement par les sonneurs des régiments des Highlands chargent aux sons de leurs airs de marche avant de franchir la rivière.


Jeune sonneur en tête de sa section dans le bocage normand en juin 1944.

Même les prisonniers de guerre ont droit à un pipe-band.


Quelque part en Allemagne dans un stalag.

L’histoire des pipe-bands dans l’armée britannique est longue et fascinante, disons simplement que, du fait de la création d’une armée territoriale à la fin du XIXème siècle, et comme chaque régiment écossais avait besoin d’un pipe-band, de nombreux civils ont été formés dans ce cadre, ce qui a favorisé en peu de temps l’éclosion de pipe-bands civils dans toutes sortes de contextes, principalement le lieu de travail caractérisé par le rassemblement de groupes importants de personnes.C’est la raison pour laquelle l’une des régions les plus fertiles en matière de production de pipe-bands était et demeure dans une certaine mesure la région des exploitations minières de l’Ecosse où l’on avait coutume de donner au pipe-band le nom du puits ou du gisement, et où l’on obtenait le financement du pipe-band grâce à une ponction hebdomadaire effectuée sur la paye des mineurs. Pour maintenir un pipe-band en activité, celui-ci se devait de jouer à l’occasion du seul jour de congé accordé aux mineurs, qu’on appelait alors le jour du « gala » et qui était un mélange de parades, loisirs, sports et pique-niques pour les femmes et les enfants, et de discours politiques pour les hommes. Certains de ces galas existent encore aujourd’hui en Ecosse, bien que leur nombre ait tendance à diminuer de plus en plus.

Ce genre d’activité donna naissance à un grand nombre de pipe-bands civils après la Première Guerre mondiale car il y avait beaucoup de musiciens disponibles à la fin des hostilités.

Beaucoup s’engagèrent dans des groupes de vétérans (British Legion) et très vite les entreprises suivirent, si bien que beaucoup de pipe-bands portaient le nom de compagnies éminentes, surtout les distilleries de whisky. Mais beaucoup de groupes ne bénéficient pas de support financier d’une grosse compagnie ou corporation, et pour eux il s’agit essentiellement d’une affaire de famille. Pour équiper et entretenir un pipe band, il faut fournir un effort financier conséquent, et un hommage doit être rendu au dévouement et à l’énergie déployés  par de nombreuses petites communautés qui ont réussi à garder leur pipe-band malgré des périodes très difficiles.

La composition d’un pipe-band n’a pas réellement changé depuis ces époques anciennes. Le pourcentage de sonneurs et de batteurs est de trois sonneurs pour un batteur, sans oublier qu’il y a également une grosse caisse et un tambour ténor. La technique de la caisse claire a radicalement changé durant les dernières décennies avec l’introduction de l’instrument moderne utilisant des peaux en fibres synthétiques très tendues (pour remplacer les tambours à peau tendue que l’on trouvait encore après la Seconde Guerre mondiale). La tension de ces tambours est vraiment très grande, et la technique de jeu des groupes civils a laissé tomber l’objectif principal des pipe-bands militaires qui était de fournir une rythmique adaptée à la marche, pour aboutir à un style de très haut niveau qui place la batterie de pipe-band bien au-dessus du simple accompagnement pour défilés et autres parades.

Un pipe-band est structuré de la façon suivante :

Un Pipe-Major
Un Drum-Major (c’est le personnage cérémonieux qui dirige le groupe et donne les commandements pour les évolutions, les débuts et les fins des airs).
Un chef batteur (ou principal joueur de caisse clair, qui souvent se retrouve à jouer en solo dans la partition d’accompagnement rythmique).


Le Drum-Major, un personnage très important.

C’est seulement dans l’armée qu’on trouve encore des batteurs qui portent des clairons, car telle était la tradition pour annoncer des commandements.

LES ACTIVITES DES PIPES-BANDS CIVILS

Les pipes-bands ont une fonction représentative et sont sollicités pour se produire à l’occasion de différentes festivités : galas, fêtes diverses, jeux traditionnels des Highlands, grands évènements sportifs, dépôts de gerbes lors de cérémonies du 11 novembre, et même manifestations syndicales.

Il arrive que les pipe-bands les plus prestigieux (généralement les champions de première catégorie) reçoivent des subventions de grandes firmes et donc soient appelés à se produire pour en assurer la promotion.

La tradition veut que les pipe-bands, que ce soit par leur répertoire, leur uniforme, ou leur démarche, aient continué à suivre le style militaire (d’ailleurs il existe, lors des concours, un prix spécial pour la tenue et la discipline). Cependant, et depuis relativement peu de temps, on assiste actuellement à l’émergence d’un style d’exécution musicale. Il n’est pas trop difficile de retrouver les origines de cette évolution dans les influences diverses qui ont marqué les pipe-bands écossais ces dernières années.

Tout d’abord il y a le rôle indéniable qu’a joué le Festival Interceltique de Lorient pour éduquer les groupes écossais dans le sens de la nécessité qu’il y avait à donner un programme de concert plus varié devant des publics statiques installés dans d’immenses stades.

Le Festival Interceltique de Lorient représente bien plus que de simples défilés, il s’agit de concerts de pipe-bands qui utilisent toute l’énergie créative à leur disposition ; d’où le recours à des instruments électroniques et à une gamme plus large de percussions. Le Festival Interceltique de Lorient fait souvent appel aux pipe-bands pour jouer avec des orchestres symphoniques, d’où la prolifération de compositeurs « celtiques » qui composent des oeuvres impliquant des cornemuses, soit en groupe, soit en solo. Le fait que de nombreux pipe-bands se soient confrontés à d’autres traditions musicales, surtout celles de Bretagne, a eu comme conséquence qu’ils n’ont pas été bien long à introduire ce genre de répertoire lors de leurs concerts publics en Ecosse.

Le concert de pipe-band a mis du temps à se généraliser en Ecosse, en revanche, en Irlande du Nord (Ballymena), on assiste à un enthousiasme extraordinaire pour ce genre d’évènement. C’est également le cas en Amérique du Nord, surtout au Canada où la présence de pipe-bands champions du monde a créé un niveau exceptionnel de performance. Il est nécessaire de reconnaître la contribution des batteurs qui n’étaient plus sous la contrainte de l’accompagnement de marche militaire. Deux batteurs en particuliers méritent d’être cités, car ils ont révolutionné la technique de batterie, le premier qu’on considère comme le père du style moderne était feu Alex DUTHART, de Shotts and Dykehead Caledonia (Ecosse), et le deuxième qui est devenu une légende vivante, Jim KIRKPATRICK, également de Shotts and Dykehead Caledonia Pipe-Band. Les techniques développées par ces batteurs, et par d’autres, mélangées au vieux style militaire des drum-fanfares, ont créé une forme d’art qui enrichit énormément les possibilités d’un pipe-band.

Le pipe-band demeure le moyen d’expression de groupe par excellence pour les joueurs de cornemuse. Cependant, le mélange des cornemuses avec d’autres instruments a commencé dans l’armée britannique, dont les régiments écossais comportaient à la fois des pipes-bands et des wind-bands (formations d’instruments à vent). Il a beaucoup évolué au cours de ces dernières décennies, grâce à une plus grande précision des chanters qui peuvent désormais s’accorder de très près au diapason. On peut le constater à l’écoute des compositions pour ensembles importants spécialement créés par des artistes bretons, irlandais et écossais pour le Festival Interceltique de Lorient. Et c’est à un régiment écossais qu’on doit d’avoir lancé un des plus grands succès de la musique populaire, célèbre dans le monde entier. Il s’agit bien sûr, de l’enregistrement mémorable d’Amazing Grace par les Royal Scots Greys. Paul MacCartney a, lui aussi, utilisé un corps entier de cornemuses pour un autre succès, aussi écossais qu’international, Mull of Kintyre.