Piobaireachd ou Ceol Mor

Ecouter un Piobaireachd (prononcer « pibror ») pour la première fois peut être déroutant. Aussi, est-il nécessaire d’avoir un minimum d’éclairages sur l’historique, l’histoire des pièces, leur structure, leur spécificité, pour mieux appréhender cette musique qui remonte au XVIème siècle, époque où n’existaient ni partitions, ni règles précises d’interprétation, où les émotions ne se traduisaient pas comme aujourd’hui.

La puissance sonore de la grande cornemuse des Highlands, dotée de bourdons, induit des appuis harmoniques qui vont provoquer avec le côté répétitif et incantatoire du morceau joué, une sorte de transe méditative, amenant l’auditeur à une émotion forte.

Définition

  • Piob = cornemuse ou Piob Mor
  • Piobaire = sonneur
  • Piobaireachd = musique de cornemuse, dite « classique » par rapport à la musique légère de danse (Ceol Beag ou Ceol Aotrom – March, Strasthpey, Reel et Ceol Meadhonach – slow airs, jigs).

Pour information : Piobaireachd : signifie littéralement « en train de jouer de la cornemuse », comme l’anglais piping. La terminaison eachd veut dire en train de faire quelque chose.

Ceol Mor qui veut dire grande musique, le terme piobaireachd est impropre , d’ailleurs il n’apparaît pas dans les vieux manuscrits

Il s’agit d’un thème musical appelé Urlar en Gaélique ou Ground en Anglais qui représente l’ossature d’une pièce, suivi de variations structurées, dégageant une sensibilité, faisant ressortir des sentiments tels que : l’exubérance, l’exaltation, la joie, la colère, la tristesse, la fierté.

Quelques noms célèbres

  • L’époque des Mac Crimmon de 1570 à 1825 : Finlay, Iain Odhar, Donald Mor, Patrick Mor, Patrick Og, Malcom, Iain Dubh, Donald Ban, Donald Ruadh.
  • Famille MacKays of Gairloch de 1656 à 1835 : Iain Dall, Angus, Jonh Roy.
  • Famille MacKays of Raasay de 1767 à 1858: John, Angus.
  • John Bain MacKenzie, Donald et Alex Cameron puis ses fils Colin, Alex et Keith, Malcom MacPherson (Calum Piobaire), John MacDougall Gillies, John MacDonald MBE, Joseph MacDonald, les 2 Bob (Robert U. Brown & Robert Nicol), Donald MacLeod.

Pour obtenir le détail de ces familles, visitez la page « Grands Sonneurs » sous le menu « Historique » ou cliquez ici.

Classification : par type : Regroupe moins de 300 pièces

  • Lament (cumha) : Lamentations, culte des morts.
  • Salute (failte) : Airs en hommage de personnes ou de faits, culte du héros et glorification du chef.
  • Gathering (port-tional) : Airs de rassemblement, marches, challenge, (port tional) bataille, culte de la guerre et des arts martiaux.
  • Autres : des Battle tunes, Regroupe les airs sans nom, et autres airs qu’on ne peut pas classer.

Caractéristiques

La lenteur caractérise la musique gaélique. Certains affirment que le piobaireachd a été écrit pour la cornemuse. Néanmoins nous pouvons rapprocher d’autres formes d’expression populaire, proches du piobaireachd instrumental et sans doute plus anciennes. Pendant plusieurs siècles, la harpe était l’instrument à la mode jusqu’au XVIème avant que n’apparaisse la cornemuse…

  1. Piobaireachd songs (port-mor) : chants répétitifs.
  2. Poésie gaélique : poèmes bardiques chantés.
  3. Psaulms : chants de recueillement et de louanges.
  4. Waulking songs : chants de travail.
  5. Puirt-a-beul : airs pour la bouche imitant l’instrument.

Apprentissage

Canntaireachd = jeu de chant vocal : système de mémorisation des piobaireachd utilisé avant que n’apparaissent les partitions. Ce système est de moins en moins utilisé à l’image et en parallèle de la langue Gaélique…

Sorte de langage articulé, reproduisant les sons de la cornemuse et basé sur un système particulier d’utilisation de voyelles et de consonnes comme guide d’utilisation pour chaque notes ou groupe de notes. Les voyelles représentant les notes de la mélodie, et les consonnes les ornementations des plus simples aux plus complexes. Ce sont des mots sans signification qui tendent à être « onomato-poétique ».

Le simple « Chanting » est le plus souvent utilisé – économie de temps et de fatigue pour le sonneur…

Les techniques de chant ont trouvé leur utilité durant plusieurs décennies, en particulier après de la bataille de Culloden en 1746 avec le « The Desarming Act » où le port du tartan était interdit et les joueurs de cornemuse avaient peur des représailles.

Catégorie et Structure des Piobaireachd

Construction :

– Le nombre de mesure par ligne dans le thème est souvent indiqué. Ex : 6, 6, 4. Il varie selon la structure.

– Le thème se nomme Urlar (gaélique) ou Ground (anglais), veut dire terre, sol. Il est la base de la structure à venir.

  • Primaire : le thème se compose de deux expressions, A et B, joués dans l’ordre suivant (6 6 4) :

            AAB
            ABB
            AB

ou comme décrit par certains traités de Piobaireachd de Joseph MacDonald, la structure était à l’origine comptée en 4 :

            AABA
            BBAB

  • Secondaire : Structure plus longue induisant le majestueux tel que « The Big Spree » ou « The Desperate Battle of the Birds » (6 6 4) :

            ABCD
            CBAD
            CD

  • Tertiaire : 3 lignes identiques dont la première est répétée (4 4 4) :

            ABAC (répété)
            DBDC
            DBAC

Les accents :

Airs en 2/4    medium Strong                                 (mS)
Airs en 3/4    Strong medium Strong                    (SmS)
Airs en 4/4    Strong medium medium Strong    (SmmS)

Une grande partie des piobaireachds sont écrits en 4/4 et l’accentuation se porte sur la première et la dernière note. L’important, c’est le contraste ; « light and shade ».

Le piobaireachd est fini. Le thème initial est joué à nouveau : c’est le serpent qui se mord la queue – la ligne sans fin – Le symbole de l’infinité, semblable à la complexité des dessins et enluminures celtiques du livre de Kells. Le cycle de la vie et de la mort.

Conclusion

Cette musique lente et majestueuse, d’intensité émotionnelle variable, développe une maturité musicale évidente.
La recherche du son et de l’accord parfait devient rapidement un objectif proche de l’obsession.
Un travail technique spécifique mettra en relief le phrasé indispensable à l’expression.
Le sonneur d’un Clan avait une fonction sociale. A l’image du barde, ses compositions musicales expriment un message en relation avec les événements sociaux et politiques du moment.

Le piobaireachd reste une musique d’initié dont l’écoute demande quelques mots d’introduction, et l’ambiance qu’il dégage est semblable à la force du raga Indien, des chants Inuit, des mélodies Berbères, ou du chant Grégorien.